CHRONIQUE: UN AUTRE MONDE, OÙ LA TERRE SERAIT RONDE

Pour Alexis Georgacopoulos, directeur de l’ECAL, un design réussi ne doit pas se contenter d’être beau et fonctionnel, il doit aussi produire du sens. La preuve par cette couveuse, signée Fabien Roy, qui a remporté le James Dyson Award suisse 2021.

« Un design sans contenu n'est pas un design, c'est une décoration », selon Jeffrey Zeldman, un célèbre webdesigner et auteur américain. Fini le temps où le must en la matière était de dessiner une chaise iconique. De nos jours, on se lève pour faire avancer le monde. Réchauffement climatique, écologie et durabilité, inégalités sociales, racisme, droits des femmes, conditions LGBTQI+, lutte contre le terrorisme ou encore défis sanitaires animent particulièrement les jeunes générations. Je le constate au quotidien : le design ne résume plus seulement à la forme, l’esthétique et la fonctionnalité, mais se doit de produire du sens, d’inventer de nouveaux modèles et résoudre des problématiques sociétales. Cela s’apparente à ce que d’aucuns appellent le Social Design, dont la définition wikipédiesque est la suivante : « un design conscient du rôle et de la responsabilité du designer dans la société et de l'utilisation du processus de conception pour provoquer un changement social... Une conception plus inclusive, dans laquelle les groupes d'utilisateurs marginalisés ont la priorité. »

© Noé Cotter
© Noé Cotter

Couveuse RobustNest par Fabien Roy, diplôme Master Design de Produit de l’ECAL. En collaboration avec l’EssentialTech Centre de l’EPFL.

Les travaux de diplômes réalisés par les étudiant·e·s de l’ECAL en Bachelor Design Industriel et en Master Design de Produit* témoignent de cette tendance du créer-pour-changer-et-aider. Une place prépondérante est notamment accordée au respect de l’environnement et au développement durable. Nous avons donc vu éclore des projets, relevant souvent de l’innovation, tels que des couches lavables pour bébés (Sumo — Luisa Kahlfeldt) développées à partir d’une fibre biodégradable absorbante et anti-bactérienne à base d’algues et de bois d’eucalyptus; des masques antipollution lavables et écoresponsables (Pureknit — Quang Vinh Nguyen) créés alors que la question du vivre-tout–masqué n’était pas encore d’actualité; un système de capture et de désorbitation de débris spatiaux (CSTM-01 — Timothée Mion en collaboration avec ClearSpace) afin de préserver un avenir durable dans l’espace ou encore des serviettes hygiéniques réutilisables (Ona Pads — Noelani Rutz) dont les propriétés sont empruntées aux vêtements de sport et au médical.

Ce dernier domaine trouve également un écho important. Par exemple, le kit Sterilux (Jordane Vernet), qui offre une nouvelle solution à la stérilisation des outils médicaux pour les hôpitaux de pays en voie de développement, a ainsi rencontré un large succès. C’est aussi le cas d’une couveuse pour nouveau-nés (RobustNest — Fabien Roy en collaboration avec l’EssentialTech Centre de l’EPFL) adaptée au contexte de l’Afrique subsaharienne, qui favorise le transport des patients en véhicule et résiste aux fréquentes coupures d’électricité grâce à une batterie thermique.

© Noé Cotter
© Noé Cotter
© Noé Cotter
© Noé Cotter
© Noé Cotter
© Noé Cotter

Certains projets sont parfois à la croisée des chemins, entre design, médical, voire social, à l’instar de ce fauteuil (Lotte — Sarah Hossli) dont les accoudoirs agissent comme une rampe d’appui, permettant aux personnes âgées de se lever intuitivement avec une plus grande aisance. Sur ces questions liées à la qualité de vie des seniors, trois Hautes écoles spécialisées (HES) vaudoises (La Source, la HEIG-VD et l’ECAL) ont d’ailleurs lancé le senior-lab, une structure interdisciplinaire d’innovation, de recherche appliquée et de développement.

Toutefois, pour les designers industriels et de produits, il semble moins évident de traiter des sujets tels que le racisme, les droits des femmes ou les conditions LGBTQI+, car ces thématiques trouvent plus difficilement une application concrète dans l’objet. On ne peut pas élargir un esprit étroit avec un outil physique. En revanche, ces questions sont fréquemment abordées dans des disciplines plus discursives comme les arts, le cinéma, le graphisme, la photographie ou le design interactif. Quoi qu’il en soit, le designer a définitivement un rôle à jouer pour faire évoluer notre société et peut clairement se positionner en tant que précurseur et facilitateur. Désormais, designer rime aussi avec monde meilleur.

* PROJETS 2020: www.ecal-diplomes.ch

Alexis Georgacopoulos Directeur de l’ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne

Alexis Georgacopoulos

Directeur de l’ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne

Texte : Alexis Georgacopoulos
de : Maisons et Ambiances, numéro 01/21

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